Quand la hanche fait mal, le poids est souvent le coupable silencieux
Vous avez mal à la hanche en marchant, en montant les escaliers, ou même en vous levant du lit ? Vous avez déjà entendu dire que perdre du poids pourrait aider, mais vous vous demandez si c’est vraiment vrai - surtout pour la hanche. Après tout, tout le monde parle de perte de poids pour les genoux, mais qu’en est-il de la hanche ? La réponse n’est pas aussi simple qu’on le croit. Des études récentes montrent que oui, perdre du poids aide, mais seulement si vous perdez suffisamment. Et ce n’est pas juste une question de soulagement de la douleur : c’est aussi une question de préserver votre articulation pour les années à venir.
Pourquoi la hanche est différente du genou
Le genou et la hanche sont tous deux des articulations porteuses, mais ils ne fonctionnent pas de la même manière. Le genou est comme un levier : chaque pas exerce une force plusieurs fois supérieure à votre poids corporel. C’est pourquoi perdre 5 % de votre poids peut réduire la pression sur le genou de 20 % à 30 %. La hanche, elle, est une articulation plus profonde, plus stable, comme une boule dans une cavité. Elle supporte votre poids de manière plus directe, mais avec moins de mouvement de levier. C’est pourquoi les effets de la perte de poids sur la douleur de la hanche sont moins immédiats, moins spectaculaires.
Une étude publiée en 2023 dans NEJM Journal Watch a même affirmé que « l’ostéoarthrite de la hanche n’est pas affectée par la perte de poids ». Ce n’était pas une erreur. Les chercheurs s’appuyaient sur des essais où les patients perdaient 5 à 8 % de leur poids - et la douleur ne diminuait pas significativement. Mais ce n’est que la moitié de l’histoire.
Le seuil critique : 10 % de perte de poids, pas 5
Une étude majeure publiée en 2024 dans Nature a suivi 65 personnes âgées de 65 ans en moyenne, toutes avec un IMC supérieur à 30. Résultat ? Ceux qui ont perdu moins de 5 % de leur poids n’ont vu aucune amélioration notable. Ceux qui ont perdu entre 5 et 10 % ont eu un léger soulagement. Mais ceux qui ont perdu plus de 10 % - soit environ 10 à 15 kilos pour une personne de 75 kg - ont vu leur qualité de vie liée à la hanche s’améliorer de 31 %. Leur douleur a baissé, leur capacité à marcher a augmenté, et leur capacité à faire des activités quotidiennes s’est nettement améliorée.
Ce n’est pas une coincidence. La perte de poids agit sur la hanche de deux façons : mécanique et biologique. D’un côté, moins de poids = moins de pression sur l’articulation. De l’autre, le tissu adipeux produit des molécules inflammatoires. Moins de graisse = moins d’inflammation = moins de dégradation du cartilage. Pour la hanche, ce second effet semble crucial. Et il ne se déclenche qu’au-delà d’un certain seuil.
Les programmes qui fonctionnent vraiment
Perdre 10 % de son poids, c’est un objectif ambitieux. Mais ce n’est pas impossible. Le programme OAHWFL, développé en Australie et en Nouvelle-Zélande, a été adapté pour les patients atteints d’ostéoarthrite de la hanche. Il dure 18 semaines, avec un suivi hebdomadaire par téléconsultation, un régime alimentaire équilibré (pas de diète extrême), et un programme d’exercices spécifiques pour renforcer les muscles autour de la hanche - sans forcer l’articulation.
Les participants ont perdu en moyenne 8 à 12 % de leur poids. Ceux qui ont suivi le programme jusqu’au bout ont vu leurs scores de fonction (mesurés par le HOOS) augmenter de 14 à 18 points. Ce n’est pas une amélioration marginale : c’est une transformation. Un patient qui ne pouvait plus mettre ses chaussures sans aide a pu le faire seul. Un autre a retrouvé la capacité de marcher 20 minutes sans douleur.
Le secret ? Ce n’est pas le régime, c’est la constance. Les patients qui ont abandonné avant 12 semaines avaient souvent des douleurs plus sévères dès le départ. C’est pourquoi les programmes réussis commencent par un accompagnement personnalisé - pas par une liste de régimes.
Et l’exercice ? Oui, mais le bon type
Perdre du poids sans bouger, c’est comme éteindre un feu avec un seau d’essence. Vous perdez du poids, mais vous perdez aussi de la masse musculaire. Et la hanche, elle, a besoin de muscles forts pour fonctionner. Un muscle affaibli, c’est une articulation plus vulnérable.
Les exercices recommandés ne sont pas ceux que vous voyez sur les réseaux sociaux. Pas de squats profonds, pas de course à pied. Ce qui fonctionne :
- Marche sur terrain plat, 30 minutes, 5 fois par semaine
- Renforcement des fessiers et des abducteurs avec des bandes élastiques
- Exercices en position allongée (levées de jambe latérales, ponts fessiers)
- Hydrokinésithérapie : l’eau réduit la pression sur la hanche tout en permettant de bouger librement
Une étude de 2012 sur 35 patients a montré qu’après 8 mois de combinaison perte de poids + exercices ciblés, la fonction physique s’est améliorée de 32,6 %. Ce chiffre n’est pas un rêve : c’est un résultat mesurable.
Les médicaments pour maigrir : une option, pas une solution
Si vous avez un IMC supérieur à 30 et que vous avez déjà essayé de perdre du poids sans succès, certains médicaments peuvent être envisagés. En France, les traitements comme la liraglutide ou le semaglutide sont autorisés pour les patients avec un IMC >30 (ou >27 avec d’autres facteurs de risque) après au moins 6 mois d’essais non médicamenteux. Ce ne sont pas des pilules magiques : ils réduisent l’appétit, augmentent la satiété, et aident à maintenir la perte de poids. Mais ils ne remplacent pas les changements de mode de vie.
Leur rôle ? Servir de levier pour ceux qui sont bloqués. Une fois que vous avez perdu 10 %, vous pouvez souvent arrêter le médicament et maintenir le résultat avec une alimentation équilibrée et de l’exercice.
Quand la chirurgie devient inévitable - et comment la retarder
Perdre du poids ne guérit pas l’ostéoarthrite. Le cartilage perdu ne repousse pas. Mais il peut ralentir sa dégradation. Une étude de l’Université Johns Hopkins montre que si un homme obèse (IMC >30) perdait suffisamment de poids pour passer en catégorie « en surpoids » (IMC 26-29,9), le risque de développer une ostéoarthrite du genou diminuerait de 21,5 %. Pour les femmes, c’est 33 %. Même si ces chiffres concernent le genou, les mécanismes sont similaires pour la hanche.
En pratique : une personne de 85 kg qui perd 9 kg (10,5 %) réduit la pression sur sa hanche de 40 à 50 % par pas. Cela signifie moins d’usure, moins d’inflammation, moins de douleur. Et cela peut vous faire gagner 5 à 10 ans avant d’avoir besoin d’une prothèse.
Comment commencer - sans vous écraser
Vous n’avez pas besoin de devenir un athlète. Voici un plan simple, réalistique, basé sur les données :
- Calculez votre IMC : poids (kg) / taille² (m²). Si c’est >25, la perte de poids peut vous aider.
- Fixez un objectif de 10 % de perte de poids - pas 5. C’est le seuil où ça commence à faire la différence.
- Commencez par 3 marches de 20 minutes par semaine. Augmentez progressivement à 5 jours.
- Éliminez les boissons sucrées, les snacks industriels, et les aliments ultra-transformés. Remplacez-les par des légumes, des protéines maigres, et des céréales complètes.
- Consultez un diététicien ou un kinésithérapeute spécialisé en ostéoarthrite. Un suivi personnalisé double vos chances de réussite.
Ne cherchez pas la perfection. Cherchez la constance. Une perte de 0,5 kg par semaine, c’est 26 kg par an. Même si vous n’atteignez pas les 10 %, chaque kilo perdu compte.
Le vrai bénéfice : retrouver votre vie
Perdre du poids pour la hanche, ce n’est pas juste pour éviter une prothèse. C’est pour pouvoir jouer avec vos petits-enfants sans douleur. Pour marcher dans un marché sans vous arrêter. Pour monter dans votre voiture sans grimacer. Pour dormir sans vous réveiller à 3 heures du matin avec une douleur aiguë.
Les études ne parlent pas de miracles. Elles parlent de résultats mesurables, de seuils clairs, de programmes testés. Et elles disent une chose : si vous avez mal à la hanche et que vous avez un excès de poids, ne vous contentez pas d’attendre. Commencez. Même petit. Même lentement. Mais commencez. Votre hanche vous remerciera dans 6 mois - et encore plus dans 5 ans.
La perte de poids soulage-t-elle vraiment la douleur de la hanche ?
Oui, mais seulement si vous perdez au moins 10 % de votre poids corporel. Des études récentes montrent que des pertes de 5 % ou moins n’ont pas d’effet significatif sur la douleur ou la fonction de la hanche. En revanche, une perte de plus de 10 % améliore la qualité de vie, réduit la douleur et augmente la mobilité de manière mesurable.
Pourquoi la perte de poids fonctionne-t-elle mieux pour le genou que pour la hanche ?
Le genou est une articulation plus instable, qui subit des forces de levier importantes à chaque pas. Perdre du poids réduit directement cette pression. La hanche, elle, est plus stable et supporte le poids de manière plus directe. Son inflammation est plus liée à la graisse corporelle elle-même (qui produit des molécules inflammatoires) qu’à la charge mécanique. C’est pourquoi il faut perdre plus de poids pour voir un effet sur la hanche.
Quels exercices sont sûrs pour la hanche avec de l’ostéoarthrite ?
Les exercices les plus sûrs sont ceux qui renforcent les muscles sans surcharger l’articulation : marche rapide, hydrokinésithérapie, levées de jambe latérales en position allongée, ponts fessiers, et exercices avec bandes élastiques. Évitez les squats profonds, les sauts, la course sur bitume, et les mouvements brusques.
Faut-il suivre un régime spécifique pour perdre du poids avec une ostéoarthrite de la hanche ?
Aucun régime n’est magique, mais les régimes riches en protéines, légumes, et céréales complètes - et pauvres en sucres ajoutés et en aliments ultra-transformés - sont les plus efficaces. Le régime méditerranéen, par exemple, a été associé à une réduction de l’inflammation. L’important n’est pas le type de régime, mais la réduction globale des calories et la constance.
Combien de temps faut-il pour voir des résultats après avoir commencé à perdre du poids ?
Les premiers changements dans la douleur et la mobilité apparaissent généralement entre 3 et 6 mois. Mais les bénéfices les plus importants - comme une amélioration durable de la qualité de vie - se voient après 12 mois, surtout si la perte de poids est maintenue. Certains patients ne ressentent pas de différence à 6 mois, mais voient une nette amélioration à 12 mois.
Lionel Chilton
Je viens de perdre 12 % en 5 mois et je peux enfin mettre mes chaussures sans gémir 😊 Merci pour ce résumé clair - c’est la première fois qu’on me dit qu’il faut viser 10 %, pas 5. J’ai cru que j’étais un échec pendant des mois...
Brigitte Alamani
Je suis kiné et je vois tous les jours des patients qui abandonnent après 2 mois parce qu’ils ne voient rien à 5 %. Ils ne savent pas qu’il faut attendre 6-8 mois pour que l’inflammation baisse. Ceux qui tiennent jusqu’à 10 %, c’est une révolution. Le corps ne répond pas comme un interrupteur.