Quelle est la différence entre NAFLD et NASH ?
Beaucoup de gens entendent parler de « foie gras » sans réaliser qu’il s’agit d’un spectre de maladies, pas d’une seule condition. Le NAFLD (maladie du foie gras non alcoolique) regroupe deux formes : une version bénigne appelée NAFL, et une forme plus grave appelée NASH. La différence ne se trouve pas dans la quantité de graisse dans le foie - les deux présentent au moins 5 % de graisse hépatique - mais dans la présence d’inflammation et de lésions cellulaires.
Le NAFL, c’est simplement du gras qui s’accumule. Le foie est engorgé, mais les cellules ne sont pas endommagées. La plupart des gens n’ont aucun symptôme. Le NASH, en revanche, est une réaction inflammatoire. Les cellules du foie gonflent, se dégradent, et le tissu commence à se cicatriser de manière anormale. C’est là que le risque de fibrose, puis de cirrhose, devient réel.
La fibrose : le vrai danger caché
Le problème avec le NASH, ce n’est pas la graisse. C’est ce qui suit : la fibrose. C’est la formation de tissu cicatriciel dans le foie, comme une cicatrice qui s’accumule après une blessure répétée. On la classe de 0 à 4 :
- Stage 0 : pas de fibrose
- Stage 1 : fibrose légère autour des veines
- Stage 2 : fibrose plus étendue
- Stage 3 : fibrose en ponts, entre les zones du foie
- Stage 4 : cirrhose, le foie est dur, déformé, et ne fonctionne plus bien
Une étude de 15 ans publiée dans Hepatology a suivi 1 245 patients. Seulement 12,3 % des personnes avec NAFL ont développé une fibrose avancée. Mais chez les personnes avec NASH, ce chiffre monte à 41,7 %. Ce n’est pas une simple différence. C’est un saut qualitatif.
Les patients avec fibrose de stade 3 ou 4 ont un risque de décès lié au foie entre 12 et 25 % sur 10 ans. Ceux avec fibrose 0 à 2, eux, ont un risque de 0,5 à 2 %. La fibrose, pas le NASH en lui-même, détermine ce qui va arriver.
Comment sait-on si on a du NASH et pas juste du NAFL ?
Les analyses de sang ne suffisent pas. Un taux d’ALT ou d’AST élevé peut alerter, mais il peut aussi être normal chez des personnes avec NASH avancé. L’échographie montre la graisse, mais pas l’inflammation. La biopsie du foie reste la seule méthode fiable pour confirmer le NASH - elle montre les cellules gonflées, l’inflammation, et le début de la cicatrisation.
Pourtant, on ne fait pas une biopsie à tout le monde. C’est invasif, avec un risque minime mais réel de saignement. On la réserve aux personnes à haut risque : celles avec diabète, obésité sévère, ou des scores de fibrose non invasifs élevés. Le score FIB-4, par exemple, combine l’âge, les enzymes hépatiques et le nombre de plaquettes. Un résultat supérieur à 1,30 suggère une fibrose possible. Au-delà de 2,67, le risque de fibrose avancée est fort.
Des outils comme la FibroScan (élastographie par ultrasons) mesurent la rigidité du foie. Un résultat supérieur à 7,1 kPa indique une fibrose significative. Mais seul un médecin peut interpréter tout cela ensemble.
Qui est à risque ?
Le NASH ne touche pas les gens au hasard. Il suit un profil très clair :
- Obésité (IMC ≥ 30) : présent chez 70 à 90 % des patients
- Diabète de type 2 : chez 50 à 70 % des cas
- Hypertension : 60 à 75 %
- Syndrome d’apnée du sommeil : 30 à 50 %
Ce sont les mêmes facteurs que le syndrome métabolique : tour de taille élevé, triglycérides élevés, bon cholestérol bas, pression artérielle haute, glycémie à jeun élevée. Si vous avez trois de ces cinq éléments, vous êtes dans la zone à risque. Ce n’est pas une question de boisson. C’est une question de métabolisme.
Et pourtant, 68 % des personnes atteintes de NAFLD n’ont aucun symptôme au moment du diagnostic. La fatigue, la gêne abdominale, ou une perte de poids inexpliquée peuvent arriver - mais souvent trop tard.
Que faire quand on est diagnostiqué ?
Il n’y a pas encore de pilule magique. En octobre 2023, aucune molécule n’était approuvée aux États-Unis pour traiter le NASH. Mais tout change. En mars 2023, la FDA a approuvé Resmetirom (Rezdiffra) pour les patients avec fibrose modérée à avancée. Dans les essais, 26 % des patients ont vu leur fibrose s’améliorer, contre 10 % avec un placebo.
Mais le traitement le plus puissant, le seul qui ait prouvé une réversion du NASH, c’est la perte de poids. Perdre 7 à 10 % de son poids corporel peut transformer un NASH en simple NAFL. Une étude du Registre international du NASH montre que 90 % des patients qui ont perdu ce pourcentage ont vu leur NASH disparaître. Et 85 % ont vu leur fibrose s’améliorer.
Ça ne veut pas dire « faire un régime ». Ça veut dire changer durablement son mode de vie : moins de sucre, moins de produits transformés, plus de mouvement. Même 30 minutes de marche par jour, 5 jours par semaine, font une différence.
Le nouveau nom : MASLD et MASH
Depuis juin 2023, les experts internationaux ont changé les termes. On ne parle plus de NAFLD ou NASH, mais de MASLD (maladie du foie gras associée à un dysfonctionnement métabolique) et MASH (hépatite stéatoique associée à un dysfonctionnement métabolique).
Le changement est important. Le mot « non alcoolique » était trompeur. Il donnait l’impression que si vous ne buviez pas, vous étiez à l’abri. Mais la cause, c’est le métabolisme. L’obésité. Le diabète. Le stress. Le sucre. Le terme MASLD le dit clairement : c’est une maladie métabolique, pas une maladie liée à ce que vous ne buvez pas.
Ce changement n’est pas qu’une question de nom. Il change la façon dont on dépiste, comment on parle aux patients, et même comment les assurances remboursent. Le message est plus fort : ce n’est pas votre faute si vous buvez. C’est votre métabolisme qui est en déséquilibre.
Les pièges du diagnostic
Beaucoup de gens reçoivent un diagnostic de NASH sur la base d’un taux d’ALT élevé et d’une échographie. Mais ce n’est pas suffisant. Une étude de la clinique Mayo a montré que jusqu’à 30 % des cas supposés de NASH sur des tests non invasifs n’étaient pas confirmés par biopsie.
Cela signifie que certains patients sont stressés, suivis, et parfois traités pour quelque chose qu’ils n’ont pas. C’est un risque réel. D’autres, en revanche, attendent des mois - parfois deux ans - avant d’être référés à un hépatologue. Selon une enquête de l’American Gastroenterological Association, 41 % des patients ont dû attendre entre 6 et 24 mois après des tests anormaux pour voir un spécialiste.
Le message ? Ne vous fiez pas à un seul test. Si vous êtes à risque (surpoids, diabète, hypertension), demandez un bilan complet : FibroScan, score FIB-4, échographie, et si nécessaire, une biopsie. Et ne laissez pas un simple « foie gras » sur un compte-rendu d’échographie passer inaperçu.
Que réserve l’avenir ?
En 2023, 25 % de la population mondiale a une maladie du foie gras. En 2030, ce chiffre pourrait atteindre 33,5 %. Aux États-Unis, les transplantations hépatiques pour cause de NASH pourraient passer de 10 % à 25 % du total. Ce n’est pas une hypothèse lointaine. C’est une tendance en cours.
Les essais cliniques sont en plein essor. Plus de 37 médicaments sont actuellement testés en phase 3. L’objectif ? Non pas seulement réduire la graisse, mais arrêter ou inverser la fibrose. Le futur ne sera pas dans une pilule unique, mais dans une approche combinée : perte de poids, médicaments ciblés, et suivi régulier.
Le plus grand espoir ? Les personnes qui agissent tôt. Perdre 10 % de son poids, contrôler sa glycémie, bouger. C’est le seul traitement qui marche à 100 %, sans effet secondaire, et qui coûte moins cher que n’importe quel médicament.