Quand vous prenez un médicament générique, vous vous attendez à ce qu’il fonctionne exactement comme le médicament de marque. Mais comment la FDA s’assure-t-elle que ce n’est pas juste une copie en apparence, mais une copie en effet ? La réponse se trouve dans un test simple, mais extrêmement précis : l’essai de dissolution.
Qu’est-ce que l’essai de dissolution ?
L’essai de dissolution mesure la vitesse à laquelle un médicament libère son principe actif dans un liquide simulé, comme le contenu de votre estomac. Ce n’est pas un test sur des humains. C’est un test en laboratoire, dans un appareil qui imite les conditions physiologiques. Pour un comprimé, on le plonge dans un liquide à 37°C, on le remue à une vitesse précise, et on prélève des échantillons à des moments donnés pour voir combien de produit s’est dissous.
La FDA exige ce test pour tous les médicaments oraux solides - comprimés, gélules - et certaines suspensions ou pâtes orales. Mais pas pour les sirops ou les solutions déjà liquides. Pourquoi ? Parce que si le principe actif est déjà dissous, il n’y a rien à contrôler : il est immédiatement disponible.
Le but ? S’assurer que le générique libère son principe actif à la même vitesse que le médicament d’origine. Pas plus vite, pas plus lentement. Sinon, le patient pourrait recevoir trop de médicament en peu de temps - risque d’effets secondaires - ou trop peu - risque que le traitement ne fonctionne pas.
Comment la FDA fixe les règles ?
La FDA ne dit pas simplement : « Libérez 80 % en 45 minutes ». Elle adapte chaque règle au médicament. Pour les comprimés à libération immédiate contenant un principe actif très soluble (classe BCS I), la norme est simple : 80 % du médicament doit être dissous en 30 minutes dans un milieu acide (HCl 0,1N). C’est la même méthode pour tous les médicaments de cette catégorie. En 2018, la FDA a standardisé cette approche pour accélérer les autorisations.
Et si le principe actif n’est pas soluble ? Là, c’est plus compliqué. Il faut tester sous plusieurs pH - acide (pH 1,2), neutre (pH 4,5), et basique (pH 6,8) - pour simuler le passage de l’estomac à l’intestin. Pour les comprimés à libération prolongée, il faut aussi tester avec de l’alcool (jusqu’à 40 %) pour voir si le médicament ne libère pas tout d’un coup en cas de consommation d’alcool. Ce phénomène, appelé « dose dumping », peut être dangereux.
La FDA utilise un outil appelé f2 pour comparer les profils de dissolution entre le générique et le médicament de référence. Si la valeur f2 est supérieure à 50, les deux profils sont considérés comme similaires. C’est une mesure statistique, pas une estimation visuelle. Un f2 de 65 ? Très bon. Un f2 de 30 ? Le médicament est rejeté.
Le lien avec la bioéquivalence
La plupart des gens pensent que pour prouver qu’un générique est bon, il faut faire des essais sur des patients. Pas toujours. La FDA autorise des « biowaivers » - des exemptions aux études sur humains - pour les médicaments très solubles et très bien absorbés (BCS Classe I). Si leur profil de dissolution est identique à celui du médicament d’origine, ils sont automatiquement considérés comme bioéquivalents.
C’est une révolution. Au lieu de recruter 24 patients, de leur faire prendre deux médicaments, de prélever leur sang 12 fois chacun, et de faire des analyses coûteuses, la FDA accepte un test en laboratoire. Cela réduit les coûts, accélère les autorisations, et évite d’exposer des patients à des risques inutiles.
Mais pour les médicaments à faible solubilité (BCS Classe II ou IV), le test de dissolution doit être beaucoup plus fin. Il doit être capable de distinguer deux formulations qui semblent identiques mais qui, en réalité, se comportent différemment dans le corps. C’est là que les laboratoires passent des mois à développer une méthode. Un seul changement dans un excipient, un grain de poudre plus fin, peut tout modifier. La FDA exige alors des données de validation, des tests de robustesse, des variations de température, de vitesse de brassage… tout pour s’assurer que le test ne ment pas.
Les bases légales et les bases techniques
La règle est écrite dans le Code des Règlements Fédéraux (21 CFR 314.94) : tout générique doit fournir des données de bioéquivalence et de dissolution comparables à celles du médicament d’origine. La FDA ne fait pas confiance à la parole des fabricants. Elle exige des rapports détaillés, souvent de 50 à 100 pages, dans la section 3.2.P.5 des dossiers de demande (ANDA).
Il existe trois catégories de tests selon la disponibilité d’une méthode officielle :
- Catégorie 1 : Une méthode existe déjà dans le USP (United States Pharmacopeia). Le fabricant doit simplement la suivre.
- Catégorie 2 : Aucune méthode USP, mais le médicament de référence a une méthode validée. Le générique doit reproduire exactement ce profil.
- Catégorie 3 : Aucune méthode connue. Le fabricant doit développer une méthode depuis zéro, la valider, la prouver, et la justifier - avec des données de comparaison sur plusieurs pH, plusieurs vitesses, plusieurs volumes.
La FDA dispose d’une base de données publique avec plus de 2 800 méthodes de dissolution recommandées pour des médicaments courants. C’est la bible des fabricants de génériques. Si votre médicament est dedans, vous avez un chemin clair. Sinon, vous êtes dans le terrain miné.
Et après l’autorisation ?
La FDA ne s’arrête pas à la première autorisation. Si un fabricant change de site de production, de fournisseur de principe actif, ou même de taille de granulé, il doit prouver que la dissolution n’a pas changé. C’est ce qu’on appelle le SUPAC-IR (Scale-Up and Post-Approval Changes for Immediate Release). Un changement mineur peut entraîner un changement majeur dans la libération du médicament. Et la FDA le vérifie.
Il y a des cas où un générique a un profil de dissolution différent du médicament d’origine, mais les études sur humains montrent qu’il est bioéquivalent. Dans ces cas rares, la FDA autorise le générique… mais avec des spécifications de dissolution différentes. Ce n’est pas une exception, c’est une preuve que la FDA s’appuie sur les données, pas sur les règles rigides.
Les défis du terrain
Les laboratoires de génériques disent que le développement d’une méthode de dissolution pour un médicament complexe peut prendre entre six et douze mois. Pourquoi ? Parce qu’il faut imiter l’estomac humain - et l’estomac humain n’est pas une éprouvette. La salive, les enzymes, les mouvements, la présence de nourriture… tout influence la dissolution. Les appareils de test sont précis, mais ils restent une approximation.
Et pour les médicaments à libération prolongée ? Les fabricants doivent tester avec de l’alcool, avec des pH variables, avec des vitesses de brassage différentes. Un seul échec, et la demande est rejetée. Certains dossiers ont été refusés parce que la méthode n’était pas assez sensible pour détecter une variation de 5 % dans la libération.
La FDA insiste : « La méthode doit être spécifique au produit. » Pas de raccourci. Pas de méthode universelle. Chaque médicament est unique. C’est ce qui rend le système fiable - et lourd.
Et demain ?
La FDA travaille à des méthodes plus réalistes. Des tests avec des fluides contenant des enzymes digestives, des tests à température variable, des simulations de digestion réelle. En 2022, elle a même évoqué la possibilité d’étendre les biowaivers aux médicaments à haute solubilité mais faible perméabilité (BCS Classe III). Si ça se fait, des centaines de génériques pourraient être approuvés sans essais sur humains.
En 2020, 25 % des génériques utilisaient des méthodes standardisées. En 2025, ce chiffre devrait atteindre 35 %. Ce n’est pas une course à la vitesse, mais à la précision. La FDA ne veut pas plus de génériques. Elle veut des génériques sûrs.
Le test de dissolution n’est pas glamour. Il ne fait pas la une des journaux. Mais c’est lui qui empêche un médicament générique de devenir une arnaque. Il est la frontière invisible entre un traitement efficace et un risque pour la santé. Et la FDA le surveille, jour après jour, comprimé après comprimé.
Pourquoi la FDA exige-t-elle un essai de dissolution au lieu de tests sur humains pour tous les génériques ?
La FDA utilise l’essai de dissolution comme prédicteur fiable de la bioéquivalence pour certains médicaments, surtout ceux très solubles et bien absorbés (BCS Classe I). Cela évite des études coûteuses et éthiquement sensibles sur des humains, tout en garantissant que le générique libère son principe actif comme le médicament d’origine. Pour les médicaments plus complexes, les essais sur humains restent obligatoires.
Qu’est-ce que le facteur f2 et pourquoi est-il important ?
Le facteur f2 est une mesure statistique qui compare les profils de dissolution entre un générique et le médicament de référence. Une valeur de 50 ou plus signifie que les deux profils sont similaires. C’est la norme acceptée par la FDA pour déclarer une équivalence de libération. Un f2 de 40 n’est pas acceptable, même si le médicament fonctionne chez les patients - car la méthode doit être reproductible et prédictive.
Tous les médicaments génériques doivent-ils passer un essai de dissolution ?
Oui, pour tous les médicaments oraux solides (comprimés, gélules) et certaines suspensions. Les solutions orales, les sirops ou les crèmes topiques sont exemptés, car leur principe actif est déjà dissous. Les injections et les inhalateurs ont leurs propres tests de qualité, différents de la dissolution.
Que se passe-t-il si un générique a un profil de dissolution différent du médicament d’origine ?
Si la différence est significative et que le facteur f2 est inférieur à 50, la demande est rejetée. Mais dans des cas rares, si des études sur humains montrent une bioéquivalence réelle, la FDA peut autoriser le générique avec des spécifications de dissolution différentes. Cela montre que la FDA privilégie les données réelles, pas les règles rigides.
Pourquoi les tests avec de l’alcool sont-ils nécessaires ?
Certains comprimés à libération prolongée peuvent libérer tout leur contenu d’un coup si l’alcool est présent dans l’estomac - un phénomène appelé « dose dumping ». Cela peut provoquer une surdose. La FDA exige donc des tests avec jusqu’à 40 % d’alcool pour s’assurer que le médicament ne se désintègre pas de façon dangereuse en cas de consommation d’alcool.
Yann Pouffarix
Je trouve ça incroyable qu’on puisse réduire la sécurité des patients à une courbe de dissolution dans un liquide à 37°C. Et si l’estomac de quelqu’un est plus acide ? Ou s’il a une gastrite ? Ou s’il boit du café en même temps ? La FDA croit que tout le monde est une éprouvette. Moi, j’ai pris un générique qui m’a fait des palpitations. Le test disait « f2 = 58 », mais mon cœur, lui, il savait mieux. La science ne mesure pas tout, surtout pas la vie réelle.