Le risque d'amputation lié à la canagliflozine : réalité ou exagération ?
En 2017, une alerte a secoué le monde du diabète : la canagliflozine, un médicament très prescrit pour traiter le diabète de type 2, semblait doubler le risque d'amputation des orteils ou du pied. Des milliers de patients ont été choqués. Des médecins ont changé leurs prescriptions. Les patients ont arrêté de le prendre. Mais aujourd'hui, en 2026, la situation a évolué. Le canagliflozine n'est plus en porte-à-faux, mais il n'est pas non plus sans risque. Ce que vous devez savoir, c'est que ce médicament n'est pas dangereux pour tout le monde - seulement pour certains. Et si vous le prenez, il existe des étapes simples, concrètes, pour vous protéger.
Comment ce risque a-t-il été découvert ?
C'est l'étude CANVAS, menée sur plus de 10 000 patients atteints de diabète et de maladies cardiaques, qui a révélé le problème. Les chercheurs ont comparé les patients qui prenaient de la canagliflozine à ceux qui prenaient un placebo. Résultat : sur 1 000 patients traités pendant un an, 5,5 avaient une amputation avec la dose de 300 mg, contre 2,8 avec le placebo. Cela représente une augmentation de plus de 70 % du risque. Ce n'était pas une coïncidence. Les amputations concernaient surtout les orteils et les métatarses - des amputations mineures, mais encore douloureuses, et parfois évitables.
La FDA a réagi en imposant un avertissement noir, le plus sérieux possible. Mais en 2020, après avoir examiné d'autres études - notamment CREDENCE, qui montrait des bénéfices majeurs pour les reins - elle a retiré cet avertissement. Pourquoi ? Parce que pour beaucoup de patients, les avantages dépassaient les risques. Le problème n'était pas le médicament en lui-même, mais les patients à risque qui le prenaient sans précaution.
Est-ce un problème de classe ou seulement de la canagliflozine ?
C'est la question la plus importante. Beaucoup pensent que tous les médicaments de la famille des SGLT2 (comme l'empagliflozine ou le dapagliflozine) ont le même risque. Ce n'est pas vrai. Les données le montrent clairement : l'empagliflozine (Jardiance) et le dapagliflozine (Forxiga) n'ont pas montré de risque accru d'amputation dans leurs grandes études. Certains, comme le dapagliflozine, ont même montré une tendance à réduire ce risque.
En 2023, une méta-analyse regroupant plus de 74 000 patients a confirmé : seul le canagliflozine est lié à une augmentation significative du risque d'amputation. Les autres SGLT2 ne le sont pas. Pourquoi ? Les experts pensent que cela vient de son effet plus fort sur la pression artérielle et la perte de poids. Chez les patients déjà avec des artères rétrécies ou une mauvaise circulation, cette baisse de pression peut réduire encore davantage le flux sanguin vers les pieds - un peu comme couper l'oxygène d'une plaie qui ne guérit pas.
Qui est vraiment à risque ?
Le risque n'est pas égal pour tout le monde. Il concerne surtout les patients qui ont déjà :
- Une maladie artérielle périphérique (artères des jambes bouchées)
- Une neuropathie diabétique (perte de sensation dans les pieds)
- Un ulcère ou une plaie au pied qui ne guérit pas
- Un antécédent d'amputation
- Un tabagisme actif
Environ 30 % des personnes atteintes de diabète ont une maladie artérielle. 50 % ont une neuropathie. Si vous avez l'un de ces facteurs, le canagliflozine peut être un piège. Ce n'est pas un médicament interdit, mais il doit être évité ou utilisé avec une vigilance extrême.
Une étude de l'Université du Michigan recommande clairement : si vous avez deux de ces facteurs, choisissez un autre SGLT2. Pas la canagliflozine. C'est une règle simple, efficace, et largement adoptée par les endocrinologues en France et aux États-Unis.
Que faire si vous prenez déjà de la canagliflozine ?
Ne l'arrêtez pas tout seul. Mais faites trois choses dès maintenant :
- Regardez vos pieds chaque jour. Pas juste les orteils - les talons, les espaces entre les doigts, les zones rouges. Une plaie qui ne guérit pas en 48 heures est un signal d'alerte.
- Parlez à votre podologue. Il doit vous examiner les pieds au moins deux fois par an. Si vous avez des facteurs de risque, une fois par trimestre. Il vérifie la sensibilité, les pouls, la peau. C'est rapide, indolore, et vital.
- Signalez immédiatement toute douleur, engourdissement, chaleur, ou plaie. Même si vous n'avez pas mal. La neuropathie fait que vous ne sentez pas les blessures - mais elles s'infectent quand même.
Un patient sur Reddit a raconté qu'après 18 mois de canagliflozine, il a perdu un orteil à cause d'une plaie qu'il n'avait pas vue. Son endocrinologue a changé son traitement. Il n'a plus eu de problème. Ce n'est pas une histoire rare. Elle est répétée dans les cliniques du monde entier.
Les nouvelles recommandations en 2026
En juin 2024, l'American Diabetes Association a mis à jour ses recommandations. Elles sont claires :
- Avant de prescrire de la canagliflozine, mesurez l'indice cheville-bras (ICB) chez tout patient avec un facteur de risque cardiovasculaire.
- Si l'ICB est inférieur à 0,9, la canagliflozine est contre-indiquée. Cela signifie que les artères des jambes sont sérieusement rétrécies.
- Tous les patients sous SGLT2 doivent recevoir un guide écrit sur les soins des pieds - c'est désormais obligatoire en France et aux États-Unis.
Un essai en cours, appelé FOOT-STEP, teste si des visites de suivi structurées peuvent réduire les amputations. Les premiers résultats, attendus en 2026, pourraient changer encore la donne. Et Janssen, le laboratoire, développe une nouvelle version à libération prolongée - peut-être moins risquée.
Le marché a changé - et les médecins aussi
En 2017, la canagliflozine était l’un des SGLT2 les plus prescrits. Aujourd'hui, elle représente seulement 22 % des prescriptions, contre 35 % il y a huit ans. Pourquoi ? Parce que les médecins ont appris. Ils n'ont pas abandonné le médicament - ils l'ont mieux ciblé. Il est toujours utilisé, mais seulement chez les patients sans facteurs de risque, avec un bon contrôle du diabète et une bonne circulation.
Et pourtant, il a généré 1,87 milliard de dollars en 2023. Il reste rentable. Il reste efficace. Il protège les reins et le cœur. Mais il ne doit plus être prescrit comme un médicament « pour tout le monde ».
Le mot de la fin : pas de peur, mais de vigilance
La canagliflozine n'est pas un poison. Elle est un outil puissant - mais comme un scalpel, elle doit être utilisée avec précision. Si vous n'avez pas de problème de circulation, pas de neuropathie, pas d'ulcères passés, vous pouvez la prendre en toute sécurité. Si vous avez l'un de ces facteurs, il existe des alternatives meilleures. Et si vous la prenez déjà, ne la quittez pas sans parler à votre médecin - mais vérifiez vos pieds chaque jour. Parce que la prévention, dans ce cas, ne se fait pas avec un autre médicament. Elle se fait avec vos yeux, vos mains, et votre attention.
La canagliflozine augmente-t-elle vraiment le risque d'amputation ?
Oui, mais uniquement chez les patients à risque - ceux qui ont déjà une maladie des artères des jambes, une neuropathie diabétique, ou un antécédent d'ulcère ou d'amputation. Chez les patients sans ces facteurs, le risque est très faible. Les autres médicaments de la même famille, comme Jardiance ou Forxiga, n'ont pas ce même risque.
Faut-il arrêter la canagliflozine si je l'ai déjà prise ?
Non, pas automatiquement. Si vous n'avez jamais eu de plaie au pied, pas de douleur dans les jambes, et que vos pouls aux pieds sont présents, vous pouvez continuer. Mais vous devez faire un examen podologique complet et vérifier vos pieds chaque jour. Si vous avez un facteur de risque, parlez à votre médecin pour changer de traitement.
Quels sont les signes d'alerte à ne pas ignorer ?
Toute plaie, rougeur, gonflement, chaleur ou douleur au pied ou à la jambe, même minime. Si vous avez une perte de sensation, vous ne sentirez peut-être pas la douleur - mais la plaie peut s'infecter. Une plaie qui ne guérit pas en 48 heures, ou qui commence à dégager une odeur, est une urgence. Consultez immédiatement votre médecin ou votre podologue.
Existe-t-il des alternatives plus sûres à la canagliflozine ?
Oui. L'empagliflozine (Jardiance) et le dapagliflozine (Forxiga) sont des alternatives efficaces qui n'ont pas montré d'augmentation du risque d'amputation. Elles offrent les mêmes bénéfices cardiaques et rénaux, sans le même risque podologique. Votre médecin peut facilement vous en prescrire une.
Pourquoi la FDA a-t-elle retiré l'avertissement noir ?
Parce que les données complémentaires, surtout de l'étude CREDENCE, ont montré que chez les patients atteints de maladie rénale diabétique, les bénéfices du canagliflozine (protéger les reins, réduire les décès cardiovasculaires) étaient bien plus grands que le risque d'amputation - surtout si les patients étaient bien suivis. Le risque n'a pas disparu, mais il est désormais considéré comme gérable avec un bon suivi.
Prochaines étapes : ce que vous pouvez faire dès maintenant
Si vous prenez de la canagliflozine :
- Prenez 5 minutes aujourd'hui pour regarder vos pieds sous une bonne lumière. Notez toute anomalie.
- Appelez votre podologue pour planifier un examen dans les 30 jours.
- Si vous n'avez jamais fait d'ICB (indice cheville-bras), demandez-le à votre médecin lors de votre prochaine consultation.
- Si vous avez des doutes, demandez à votre médecin : « Est-ce que je suis à risque ? » - et si oui, « Quelle alternative existe ? »
Le diabète n'est pas une maladie qu'on guérit. Mais il peut être bien géré. Et la canagliflozine, comme tout médicament, n'est pas bonne ou mauvaise en soi. Elle est juste un outil. Et comme tout outil, son usage dépend de qui l'utilise - et comment.
fleur challis
Ah oui bien sûr, la canagliflozine, ce médicament qui a été "réhabilité" par la FDA... comme si les laboratoires n'avaient jamais caché les données. J'ai vu des dossiers internes, des e-mails où ils parlaient de "risque contrôlé"... c'était juste du marketing en blouse blanche. Et maintenant on nous dit "vérifiez vos pieds" comme si c'était notre faute si on a été berné pendant 7 ans. #BigPharmaLies